Voyager dans son propre esprit

Cette invitation au voyage dans notre esprit est une retranscription d’une session ayant eu lieu à Saint-Martin-Lestra.

Nous sommes dans le jardin « aux champs d’Enée et Coré » où nous allons nous promener ces trois jours, le plus que nous pourrons en fonction du temps. Vous allez découvrir des lieux différents dont je vous conterai l’histoire. Concrètement, je vous emmène voyager dans mon esprit. Que l’on soit à l’extérieur ou à l’intérieur, finalement tout n’est que voyage dans notre propre esprit.

Il y a des lieux de passage dans les cycles naturels de la vie ; on passe d’un âge à un autre, ce qui est l’aspect extérieur, visible. Nous pourrions dire aussi que l’on passe de bébé à petite enfance, puis à l’adolescence, etc. Et il y a les mutations intérieures, que suivent-elles? quelle est leur trajectoire, leur raison d’être?
Il y a des temps de passage, des ponts temporels, des stades à franchir, est-on préparé?  Le sens du passage est un versant du mot initiation.

Passer d’un monde à l’autre, d’un  temps à un autre, mourir à, renaître à. Il y a les cycles naturels et aussi les mutations personnelles, intérieures, secrètes cachées. Parfois les événements extérieurs viennent percuter nos états intérieurs et parfois ce sont nos états intérieurs qui invitent au changement. Quelque chose doit bouger, se déplacer, aller ailleurs, faire autrement, se désassembler pour se rassembler autrement, se déconstruire pour se reconstruire ou pas.

Aujourd’hui vous êtes venus pour voyager, vivre une aventure dans cette belle nature et en même temps ce voyage est intérieur, il a lieu dans la nature de ce que vous êtes, dans votre esprit, si l’on peut dire.

Nous sommes tous un peu dans un moment de passage, de transition. Il nous est proposé de voir comment cela résonne en nous aujourd’hui, en fonction de là où nous en sommes dans notre cycle de vie actuelle.  Nous voulons le changement, dans quel but? en général de se sentir mieux, peut-être plus proche de soi, de ses aspirations, de ses souhaits du cœur. Peut-être aussi voulons nous nous sentir plus légers, plus sereins, plus libres.  Que ce soit la vie qui nous y pousse ou notre initiative personnelle, il ne faut pas laisser passer l’opportunité d’être acteur du voyage de sa vie.

Quand on parle du voyage intérieur dans son esprit, c’est un voyage qui nous permettra de découvrir des aspects de nous-même qui ne sont pas forcément ceux auxquels nous même ou notre  environnement sommes habitués. Peut-être beaucoup de personnes ignorent-t-elles ce que nous sommes vraiment, ce que nous aimons vraiment? Peut-être ne soupçonnent-elles pas l’artiste ou l’ermite qui sommeillent en nous? Peut-être ont-elles peur que cela les remettent elles-mêmes en question? Nous avons une certaine façon de nous voir. Nous avons une certaine image, de nous et des autres. Est-ce que nous sommes vraiment cela à l’intérieur ?
C’est comme lorsque vous vous regardez sur une photo, parfois il y a deux ans qui se sont écoulés, et vous ne vous reconnaissez pas forcément, quelque chose cloche. Le changement est là, et souvent on se sent un peu voire beaucoup déstabilisé par la dimension réductrice du temps qui passe. On a parfois la sensation que c’est nous et que ce n’est pas nous, et le fait que ce ne soit pas nous, nous interroge : mais qu’est-ce que c’est « nous » finalement ? qu’est-ce que c’est « moi »? cela n’a rien de métaphysique. Vous vous regardez dans le miroir le matin et la main du temps qui vous effleure vous rappelle votre désir de vivre en accord avec votre potentiel, aujourd’hui même. Tant que vous sentez encore cette question c’est bon signe, c’est le petit grain de riz sous la peau qui fait que vous n’oubliez pas que le mal-être est un rappel de ne pas s’endormir sur le fil du rasoir. Ne plus se poser la question c’est l’avoir totalement résolue et être un éveillé, l’avoir totalement oublié c’est être un automate. De l’extérieur rien ne se voit mais de l’intérieur ça change tout.

La question est intéressante: suis-je ce que je pense être? ou ce que les autres croient que je suis? la question a bien sûr des réponses à différents étages. Nous n’allons pas tous les visiter en trois jours. Nous aurons quand même un aperçu en osant nous aventurer sur des territoires un peu plus grands que le carré de nos croyances habituelles, autres que les images que les autres ont de nous, où même les vieux royaumes dans lesquels nous vivotons, qui sont nos conditionnements, nos identifications, nos limitations. Nous nous sommes identifiés à un certain nombre d’aspects. Un petit carré dans lequel on tourne, on peut aussi soit même se limiter. C’est très important de voir que ce n’est pas toujours les autres qui nous limitent, mais c’est nous même qui nous limitons.

C’est la bonne nouvelle : il y a des limitations, mais nous pouvons aussi sortir de ces limitations.
Il y a donc une magie du mouvement. Les marcheurs le savent, les pèlerins, les voyageurs, les artistes et autres aventuriers de tout poil qui se renouvellent sans cesse.

Les mouvements intérieurs peuvent aussi être endormis sous des couches, des voiles de certitudes, de confort, de déni ou de peurs. Dans les contes on assiste à l’endormissement de la belle princesse et alors le royaume entier s’assoupit jusqu’au réveil par le baiser du prince. C’est le baiser de la vie, le baiser de l’action, le baiser de quelque chose qui fait que le royaume entier se réveille, se remet en mouvement, revit. Nous avons tous cette aspiration à nous sentir vivant, même si parfois il faut prendre le risque de lâcher ce qui doit l’être, de renoncer, de sortir des zones de confort.
Nous sommes à la fois tous ces royaumes en souffrance, et bien plus que cela encore. Nous sommes tous, dans un champ de forces très grand, dans un très très grand royaume dont nous ne vivons que sur une infime parcelle.
Le paradoxe est qu’il est grand comme un mouchoir de poche, et tellement vieux qu’il en est jeune. C’est formidable de se relier à ces énergies de passage, à de nouvelles expériences, et d’avoir l’audace bien sûr, et la vaillance d’expérimenter, un pied hors du carré.

Nous allons visiter notre royaume, nous promener dans son histoire, dans ses plaintes et ses joies. Notre histoire contrairement à ce que l’on pourrait croire n’est pas écrite une fois pour toute. Là encore cette croyance fait partie des limitations que nous nous imposons à nous même. On pense que le passé est vraiment quelque chose dont on a un souvenir précis, mais on se rend compte parfois qu’on déforme le passé ou que l’on fait sur celui-ci des points de fixations qui sont en fait les vraies entraves. On sait aussi qu’il y a des faux souvenirs, il est plus juste de ne pas se focaliser sur certaines interprétations, mais plutôt de regarder les nœuds persistants qui entravent nos mouvements à la lumière d’une nouvelle façon d’être à l’instant. Voir différemment, même son passé. Tout est mouvant et surtout tout est reconstruit par la tendance à solidifier et à s’identifier à quelque chose plutôt que rien.  L’instant contient aussi un passé mouvant, et donc un avenir qui dépendra dans l’instant de ce à quoi nous nous serons ouverts.

Nous avons déjà vécu ce sentiment quand on voyage de pouvoir se connaître autrement, l’opportunité des remises à zéro, du contact vrai à nouveau avec soi et donc avec les autres. Qu’est-ce qui nous fascine dans le fait d’aller ailleurs ? C’est découvrir un autre soi-même, un ailleurs de soi-même qui serait le vrai soi-même justement, parce que trop englué dans un quotidien, dans une routine des habitudes, dans une prison qui fait que l’on ne sait plus très bien qui on est, au sens où on se sent réduit à quelque chose que l’on n’est pas de manière aussi figée. L’ailleurs peut aussi redevenir prison, prison des projections qui refont surface, l’exaltation de la nouveauté passée.

Au quotidien, ce sentiment intérieur d’identifications à des nœuds du passé, à des croyances limitantes est ce que nous allons appeler dans les contes, la souillon. La souillon est l’aspect de nous qui a cherché à se protéger maladroitement des coups du sort, elle a des blessures dont elle impute la cause aux autres, c’est pourquoi elle est pleine de méchanceté et de ressentiments. En même temps, elle n’a pas d’existence propre, c’est une construction maladroite et inconsciente de la personnalité qui doit affronter les autres et le monde.
La princesse est là non loin de la souillon, elle la contient même, comme lorsque les princesses doivent fuir un danger ou un prédateur en se cachant sous une peau de bête, d’âne ou d’ours. Leur vraie nature est toujours là, leur déguisement n’est qu’une protection momentanée, qui n’est pas destinée à durer, un jour ou l’autre leur véritable nature apparaîtra au grand jour, lors d’un bal par exemple. Cependant la princesse pourrait être oubliée, on pourrait négliger de la faire vivre. Or elle ne se nourrit pas des mêmes choses que la souillon. Elle se nourrit de ce qui éveille son cœur, de ce qui la relie à sa royauté. C’est une image qui nous fait sentir l’aspect précieux et grand en même temps de ce que nous sommes. La princesse est toute lumière et beauté au grand jour, dans le mouvement de danse qui est le sien, en accord avec sa propre énergie. La souillon est séparée, blessée et, inconsciente de ses blessures, voulant s’en protéger, blesse les autres, que ce soit les autres parties de soi-même ou les autres dans les relations que nous avons avec autrui. La princesse quant à elle jouit de danser dans les qualités de sa nature : amour, joie, liberté, énergie, etc.

D’être ignorées, nos princesses sont meurtries. Elles ont le cœur qui aimerait s’ouvrir, mais quand il s’est ouvert cela a fait mal, et c’est tout le temps que l’on vit cela. Quand on décide de se fermer complètement, on finit par mourir vraiment, parce que l’ouverture nous précède et que, contrairement à nos idées reçues, nous n’avons pas de contrôle sur celle-ci. Nous ne pouvons que construire des édifices artificiels pour nous protéger de ce point sensible qu’est l’ouverture foncière et de ce fait nous priver de ce dont nous avons besoin : l’amour, la joie, la sérénité, etc. toutes les qualités qui veulent vivre en nous librement, sans entraves. C’est pourquoi notre royaume est vaste et grand. Dès qu’on s’identifie à son royaume il devient tout petit, il se rétrécit et passe sous le contrôle de la souillon. Il y a peut-être aujourd’hui de vieilles reines et de vieux rois dans ce royaume qui ressemblent drôlement à des souillons, et il va falloir leur dire : maintenant ça suffit ! Il faut laisser place à une nouvelle manière de gouverner le royaume. Prendre en main les énergies de sa vie tant que l’on est encore vivant, parce qu’on ne sait pas s’il y a une vie après, mais en tous les cas il y a une vie ici maintenant. Donc celle-là on ne va pas la rater sous prétexte qu’il y en aurait d’autres après. On ne sait pas. On ne sait même pas demain si on sera encore là.

Chaque instant est une façon aussi de sortir de quelque chose qu’on ne veut plus être, et d’entrer en amitié avec la fraîcheur de l’instant. Pendant ces trois jours, nous allons voyager du grenier au jardin, avec toutes les surprises que cela va nous réserver. En général la souillon n’aime pas les surprises, elle préfère contrôler ce qu’elle connaît déjà. Elle ne manquera pas de se manifester tout au long même du voyage pour commenter, juger, vous dissuader. « non non ça ne marchera pas! c’est pas la peine tu as déjà essayé! tu n’as pas confiance en toi! »
C’est comme cela que nous savons que nous devenons des talentueurs pour nous et pour les autres.
Observer ces voix intérieures, reconnaissez-les et dites : « Ah ! bienvenue à toi, je te reconnais, mais je ne vais pas te suivre ! ». En fait la grande opportunité de l’aventure intérieure, et de la liberté nouvelle qui vous sera donnée, c’est de reconnaître cette petite voix en nous quelle que soit l’expérience qui nous sera proposée. Regardez toujours immédiatement-ce qui se passe, s’élève en vous ? Quelle est la voix qui vient dire : « j’ai rien compris ! Oh non c’est difficile ! laissez-moi tranquille!».

Parfois il faut savoir couper pour que d’autres choses poussent et renaissent, et le faire sans concession. Un des avantages d’être dans ce lieu est que nous pouvons être plus frais et attentif que d’habitude car nous sommes venus pour nous ouvrir à l’expérience et donc mieux voir, mieux réaliser nos points aveugles et leurs manifestations. Observer, regarder sans juger est une opportunité, j’allais dire l’opportunité de tout voyage. D’ailleurs on se découvre ici, venant d’ailleurs, il est possible de se voir ici, tel que l’on est, sans fuir.

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