Le maître, la limace et le bidule.
« Maître que fait cette limace devant ce morceau de plastique ? »
Cette limace est semblable à ton esprit avide et embué… Cela fait des jours et des jours que cette limace a repéré ce bidule jaune brillant de mille feux au soleil. Cela faisait des jours et des jours qu’elle avait tenté en vain d’oublier ce truc qui ne lui servirait probablement à rien.
Un jour n’y tenant plus, elle décida que pour son bonheur absolu il lui fallait absolument ce machin. Ce truc l’intriguait tellement qu’au moins il fallait qu’elle aille voir ce que c’était et qu’est-ce qu’il avait de si attirant ? Elle se mit donc en chemin. Et pour une limace ce n’est pas peu dire. Sa lenteur de déplacement la mettait à l’épreuve. Oh bien sûr ! Elle aurait pu se rallier à ses amies limaces qui la trouvaient complètement dérangée d’esprit d’entreprendre un tel voyage sans savoir si au final cela en vaudrait la peine. Elle aurait pu ! Mais quelque chose de plus fort, de plus secret lui disait d’y aller malgré tout.. Elle balaya ces moqueries, ces inquiétudes d’un haussement dédaigneux de tout son corps puisqu’elle ne possédait pas d’épaules à proprement parlé. C’est que cette décision commençait à lui donner une certaine importance : elle percevait bien que derrière ces sarcasmes il y avait tout de même un peu de jalousie, de l’envie aussi.
Alors elle commença sa lente reptation sans perdre du coin de l’œil son objectif. Après la fierté et l’euphorie d’avoir entrepris ce « limace trip » les doutes commencèrent à affluer, surtout lorsqu’elle avançait seule.. Et si le truc n’était plus là lorsqu’elle l’atteindrait ? Et si c’était un truc qui blesse, qui tue ? Et si elle n’y arrivait pas malgré sa volonté à presque toute épreuve ?
Et si.. Et si…
La première difficulté ne tarda pas à pointer son nez avec le cours d’eau à traverser…. Si pour un humain celui-ci était peu profond et pas tumultueux, pour une limace il représentait un obstacle de taille carrément effrayant…. Ne sachant ni nager, ni flotter comme une feuille ou une brindille il lui fallait trouver une autre solution. Tout en ruminant ses pensées sans vraiment détenir de solution elle vit un petit arbuste couché en travers grâce au dernier gros coup de vent qui avait sévit dans la forêt.
Sans hésiter, sans peur, elle s’élança sur le petit tronc sans craindre de se râper un peu le pied ni d’être prise de vertige…Il lui fallut beaucoup de courage de concentration pour contourner les branchettes qui lui barraient la route et ainsi éviter la chute fatale.
Victoire ! Elle parvint de l’autre côté. Encore quelques efforts et elle toucherait le but. Combien de temps ce cheminement lui prit ? Aucune idée précise mais sûrement pas mal de temps bien que cette notion soit parfaitement étrangère au monde des limaces.
Enfin elle arriva devant l’objet tant désiré. Il était parfaitement semblable à ce qu’elle se l’était représenté. Elle exultait de joie, toute intérieure évidemment : les limaces ne sont pas très démonstratives. Et même s’il n’était pas comestible : ses tentatives de grignotage avec son radula n’entamèrent même pas un millimètre de l’objet, peu importe! Le fait d’avoir réussi était amplement satisfaisant !

Elle finit par s’endormir juste à côté se disant qu’en étant si près personne n’oserait y toucher. Elle avait atteint son but. Épuisée par tous ses efforts, elle dormit longtemps, longtemps. Si longtemps, trop longtemps qu’elle ne se réveilla pas… Le soleil de mi septembre encore chaud, le vent doux et sec ont eu en partie raison de la ténacité de notre Limace. Toute préoccupée par l’obtention de son désir, elle avait oublié de se mettre au frais…
Devant mon air contrarié voire dépité le Maître me dit : « Ce n’est pas le résultat qui est essentiel ! C’est tout ce que cette Limace enfermée dans sa condition de gastéropode a pu et su dépasser ! Toutes ces qualités d’inventivité, de combativité, de courage, de détermination sont inscrites à jamais en elle et probablement lorsqu’elle reviendra dans une forme, un autre aspect, elle aura conservé cet héritage qu’elle avait su s’offrir à elle même. Et malgré que pour parvenir à ses fins elle fit preuve d’orgueil, de convoitise et même d’obsession elle aura puisé derrière ces défauts des forces nouvelles, des forces de changement. » Elle y a perdu la vie tout de même !!!
« C’est notre lot à tous. Dès que nous sommes vivants nous sommes amenés à mourir et ainsi de suite …mais nous avons toujours à apprendre de nos vies vécues. »
« Mais vous-même Maître vous n’êtes qu’une petite feuille ?! »
» C’est ce que tu crois voir…. Si tu changes ta vision, tu percevras que je suis l’air que tu respires quand tu te promènes dans cette forêt, je suis l’eau qui m’a propulsé de bourgeon à devenir feuille épanouie, je suis la terre dont se nourrit l’arbre qui m’a porté jusqu’à maintenant… C’est notre lot à tous. Dès que nous sommes vivants nous sommes amenés à mourir et ainsi de suite …mais nous avons toujours à apprendre de nos vies vécues. »
Nous sommes tous semblables à cette Limace : parfois si obsédé par quelque chose que nous devenons incompréhensibles. Mais si notre obstination ne nous dessert ni ne dessert autrui alors elle sera notre tremplin vers l’amélioration de nous mêmes et nous permettra de poursuivre notre quête intérieure de la vérité relative.
Certes je ne suis qu’une petite feuille…et je suis le Tout et je suis le Rien. Bientôt je disparaîtrai et je réapparaîtrai.
« Maître ! Que tout soit accompli !!! »
Texte écrit par Myriam en septembre 2025.



Un commentaire
bliothaud
Bravo Myriam , conteuse imprégnée des contes de wangmo…j adhère…bonne journée biz betty