Changer de vision

Comme une bulle dans un ruisseau

Chaque objet dans ce monde éphémère est tel
Un éclair, une bulle dans un ruisseau,
Un filet de fumée, un nuage, une goutte de rosée,
Une étoile qui pâlit à l’aube, un souffle, un rêve.

extrait du Soutra du Diamant

Ce verset interroge nos croyances sur la réalité du monde, les noms et les pensées qui entretiennent sa consistance, et où le moi et l’autre semblent exister de manière indépendante. Comme dans le rêve de la nuit, le jour est la continuité du miroir, même nature de vacuité. Ainsi, même nos relations humaines ne sont que des reflets dans un miroir.

Ce n’est pas nous que les personnes aiment bien ou non, ce sont les histoires qu’ils se racontent à notre sujet qui nous rendent aimables ou détestables. Personne n’agresse jamais personne, personne ne quitte jamais personne, juste ce qui est agressé ou quitté est ce que l’autre pense que nous sommes. Mais qu’est-ce que cela a à voir réellement avec qui nous sommes? Je suis la projection de l’autre tout comme il est la mienne.

Le réaliser permet d’être moins affecté par la louange ou le blâme. Certes, louer crée de meilleures conditions que blâmer qui est souffrance avant tout pour celui qui blâme. Nous ne réagissons à personne d’autre qu’à nous-même. Dans la pratique du corps illusoire et du yoga du rêve, nous nous entraînons à faire de cette idée que le monde est une illusion, non une théorie à démontrer, mais une expérience claire et vivante.

Illusoire ne signifie pas inexistant mais plutôt inconsistant, dénué de substance propre. La croyance en une réalité solide et objective vient de l’identification à notre corps physique. Celui-ci entérine le sentiment d’être un « moi » indépendant. Le corps et ce sentiment d’être « moi » sont intimement liés. Le corps semble servir de support, comme l’univers, à ce que nous appelons la réalité. Or ni le corps ni l’univers ne trouvent en eux-mêmes leur fondement. Ils sont la manifestation temporaire de la vacuité claire et vide. Tout ce qui semble réel, des objets vastes de l’univers, des villes et rivières, etc. jusqu’à notre propre corps et les objets les plus palpables du quotidien sont des créations de notre esprit.

Cela signifie qu’ils ne sont que des reflets, semblables à des mirages, des ombres, des bulles d’eau, la rosée du matin, l’apparition d’un arc-en-ciel. Ce n’est pas inexistant, juste un reflet. Tous les phénomènes sont transitoires, impermanents, bien qu’ils apparaissent, ils ne durent pas. Expérimenter ce jeu d’illusion, le vivre profondément de l’intérieur est se libérer de toute forme d’attachement.

Vous pouvez faire cette expérience : Face à un miroir, observez votre image et voyez que celle-ci n’a aucune substance propre, elle n’est qu’une apparence vide. Jouez le jeu de vous mettre en colère contre vous-même, allant même jusqu’à vous insulter, vous moquer, simuler les honneurs, la renommée, alternez les épithètes agréables et désagréables. Observez dans quelle mesure vous en êtes affectés. Réalisez que toute colère, tout orgueil, toute vanité sont illusoires et le produit de votre propre esprit. Finalement n’est-il pas ridicule de croire en la réalité de cette image? Est-il possible de voir le caractère illusoire de notre quête éternelle de reconnaissance, de notre désir infantile et insatiable de nous croire au centre du monde?

Si vous pratiquez ainsi régulièrement, vous verrez apparaître parmi les bienfaits de cette expérience, la capacité de se détacher du jugement d’autrui, des événements favorables ou défavorables, et ainsi de vous sentir plus libres.

Même si tout n’est qu’illusion, aimer cette illusion, revient à la laisser être dans sa permanente fluidité, sans chercher à retenir ou à lutter mais plutôt à réaliser que l’absence de fondement qui n’est en rien différent des songes est le terrain de toutes les manifestations potentielles. C’est comme vivre à nouveau la magie des bulles de savon aux apparences d’arc-en-ciel sur lesquelles nous aimions souffler enfant encore et encore, avec joie et gratitude.

Enseignante de la psychologie bouddhiste et thérapeute systémique par les contes et les constellations systémiques. Conceptrice de Racines de la Présence.

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