Travailler avec les émotions

Cet article est extrait du livret « La sagesse des émotions – les cinq énergies de sagesse » accompagnant la session éponyme des fondamentaux de la psychologie bouddhiste. Ce livret est disponible en téléchargement pour les abonnés au réseau.


Nous avons tous des émotions. Elles sont la texture de la vie. Elles sont l’énergie de la vie, son mouvement, comme l’indique l’étymologie : ce qui é-meut, met en mouvement. Ce ne sont pas les émotions qui font problème, c’est seulement notre relation à celles-ci qui fait qu’une émotion est dite bonne ou mauvaise.

Cependant, il semble que vivre les émotions soient souvent problématiques, douloureux, déstabilisant, conflictuel. Elles marquent souvent la distance et la difficulté de relation entre le moi et quelque chose qui lui est autre. Elles sont répertoriées en trois catégories de base qui sont traditionnellement nommées, les trois poisons de l’esprit : l’attraction, la répulsion, l’indifférence. Ces trois émotions de base se déclinent ensuite en six : la colère-haine, l’avidité, la bêtise, le désir-attachement, la jalousie et l’orgueil. La tradition du Bouddha les reconnaît comme les six émotions conflictuelles de base qui sont caractéristiques des six mondes : les six états de la conscience habituelle.

Genèse des émotions

Les émotions conflictuelles émergent d’un processus mental ; elles se construisent par l’investissement dont nous les nourrissons à travers nos représentations. Certaines émotions naissent de pensées simples ou banales alors qu’il en est d’autres auxquelles nous prêtons une attention particulière. En raison de nos imprégnations – les samskara – nous nous investissons d’autant plus dans les représentations que celles-ci nous touchent particulièrement. La situation nous affecte et nous y mettons un affect : le mouvement a lieu dans les deux sens. Une simple situation devient alors une émotion qui nous mobilise et nous transporte.

Ainsi, plus on s’investit dans une situation émotionnelle et plus on réagit, plus on la nourrit. La réaction consiste autant à abonder dans son sens qu’à vouloir la chasser ou la fuir. Nous touchons ici un point fondamental. Le cœur du travail avec les émotions ne consiste pas à vouloir chasser ou refouler les émotions. En effet, l’énergie employée à réprimer l’émotion est celle-là même qui la nourrit. Une émotion refoulée se nourrit de l’énergie du refoulement et revient avec force.

Comme lorsqu’on lance une balle avec une raquette au jokari, vous tapez sur la balle attachée à un élastique partant d’un socle posé à terre, et plus fort vous tapez, plus la balle va loin et plus violemment elle revient.

Habituellement, nous avons peur des émotions. Lorsque nous sentons une émotion, nous éprouvons une sorte de panique qui induit des comportements réactifs et inintelligents. En fait, il s’agit d’abord de comprendre que les émotions sont une partie intégrante de notre vie, qu’elles sont normales et bonnes si nous savons les accueillir.

Vivre les émotions avec intelligence

Pour entrer dans l’intelligence de cette expérience, il s’agit de bien comprendre ce processus de rejet que nous appliquons d’une façon générale lorsque nous sommes dans une situation passionnelle. Nous voudrions bien rester calmes sans être perturbés par cet intrus. Nous aimerions pouvoir nous protéger et ne pas être contaminés par ce démon passionnel.

Le secret est d’apprendre à faire exactement le contraire. Cela consiste à accueillir l’émotion et à faire disparaître “ moi ”, le soi en tant que sujet-observateur. Dans un premier temps, nous apprenons à nous détendre et à découvrir une attitude de profonde relaxation de l’observateur, du sujet qui se laisse partir. En rester là serait suffisant, mais c’est très difficile car nous sommes complètement dépendants de nos émotions, nous sommes « accrocs » à celles-ci.

Malgré tout, nous pouvons découvrir cette possibilité de façon très simple et immédiate, juste en laissant tomber, en lâchant prise sur la saisie de. C’est dans cette attitude de non-fixation que le caractère conflictuel de l’émotion se défait : en se détendant dans ce lâcher-prise, l’énergie de l’émotion rayonne et diffuse. La nature même de l’émotion change radicalement car son énergie a une intelligence extrêmement vive qui se vit de façon non égotique, alors que si l’émotion est possédée, cette intelligence devient celle de l’ego utilisant cette énergie.

Il s’agit de découvrir que nous sommes possédés par nos émotions dans la mesure où nous les possédons; c’est le fait même d’être possesseurs – en prise avec ses émotions – qui fait que nous sommes possédés.

2. Les 5 énergies de sagesse_0002_S

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