L’héritage des traumas par épigénétique

Les constellations permettent de travailler sur les traumas de notre propre vie, voire de révéler les traumas accumulés dans les générations précédentes. Le mécanisme par lequel nos prédécesseurs nous transmettent des affects et des traumas peut prendre des voies plus ou moins compliquées. On peut faire l’hypothèse que ce mécanisme oeuvre à travers des langages inconscients, signaux subtils et souterrains par lequel un grand père ou une grand mère nous transmettent des peurs issues de leur propres traumatismes.

Mais il existe tout un pan de la recherche clinique en psychiatrie qui révèle un moyen de transmission des traumatismes à travers l’expression génétique. Une expérience menée sur des souris et décrite dans le journal Nature Neuroscience (Dias et al. Nat Neurosci 1 2014)  révèle un mécanisme de transmission du stres pour le moins surprenant :

Dans cette expérience, des souris mâles sont soumises à des impulsions électriques après avoir senti une odeur proche de la fleur de cerisier, plusieurs fois par jour, pendant 3 jours. Ainsi conditionnés, ils manifestent de la peur en présence de cette odeur, même en l’absence de tout stimuli électrique. Le sperme de ces souris sert alors à féconder des ovules de femelles non conditionnées donnant une nouvelle génération n’ayant jamais été mise en contact ni avec le stimuli stressant, ni avec leur père conditionné à réagir à l’odeur de fleur de cerisier. Pourtant, aussi surprenant que cela puisse paraître, cette nouvelle génération réagit à l’odeur de fleur de cerisier, même à faible quantité. Et uniquement à l’odeur de fleur de cerisier : c’est bien le stress associé à cette odeur qui a été transmis. Il a été démontré que cette transmission pouvait même se faire à la génération suivante. Les petits enfants de la cohorte initiale de souris manifestent également du stress en sentant cette odeur bien que leur père n’ait jamais été soumis à l’expérience stressante.

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Ce qui est surprenant dans cette expérience est qu’il n’y a aucune transmission autre que par le sperme entre les générations, pas de transmissions comportementales puisque les générations n’ont pas été mises en contact. Les mères n’ont même pas connus les pères puisque la fécondation a eu lieu in vitro. La seule chose transmise par les mâles d’une génération à l’autre est le patrimoine génétique du père, or on apprend dans les livres que celui-ci est immuable et transmis de génération en génération à l’identique aux accidents de réplication près. Cette expérience révèle tout un plan de la génétique, étudié depuis une petite décennie : l’épigénétique. L’hypothèse formulée par les scientifiques pour expliquer cette transmission inter-générationnelle est qu’une situation stressante peut modifier l’expression génétique et que celle-ci peut « s’inscrire » dans le gêne transmis (le terme technique est la méthylation de l’ADN).  C’est ainsi que l’information « l’odeur de fleur de cerisier est synonyme de souffrance » se transmet de génération en génération à travers une modification de l’expression génétique.

Si une telle information peut se transmettre de générations de souris à générations de souris, qu’en est-il pour l’homme ? Imaginons un instant ce qui peut être transmis par une génération ayant vécue l’horreur au fond des tranchées. Ce que révèle cette expérience c’est qu’un traumatisme fort (un accident, un viol, une humiliation) affecte profondément l’expression de nos gènes et peut être transmis via nos gènes aux générations futures sans même que nous n’ayons de contact avec ces générations. Ce grand-père qui a disparu avant votre naissance a pu marquer votre patrimoine génétique de sorte à ce que certains stimuli puissent déclencher un certain stress sans même que vous ayez idée ou conscience de la cause de ce stimuli.Screen-Shot-2013-12-06-at-9.32.29-AM

 

Il ne s’agit pas simplement d’extrapoler une expérience effectuée sur les souris aux hommes. L’épigénétique a d’ores et déjà révélé des résultats dans le domaine de la psychiatrie clinique. On sait que les désordres psychotiques (schizophrénie, bipolarité) peuvent avoir des origines génétiques. Mais on commence à comprendre que ces origines peuvent être à chercher dans l’environnement qui modifie l’expression génétique (Mill et am. 2008). Comme les souris conditionnées ont générées des générations de souris stressées sans raison apparente à la simple senteur de fleur de cerisier, on peut imaginer que certaines situations stressantes induisent des modifications de l’expression génétique aboutissant à des pathologies lourdes pour les générations futures. Certains scientifiques s’interrogent également sur l’influence de certaines molécules sur l’expression génétique et par conséquent de la diète alimentaire. Dans une relation plus directe, il a été démontré qu’un stress vécue dans la vie prénatale pouvait avoir des répercussions sur l’expression génétique liée à la relation au stress du nouveau né qui peut perdurer dans l’âge adulte et même se transmettre aux générations futures, longtemps après que le stress ait été vécu (Karsten et Baram, 2013).

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Si les mécanismes de transmissions du stress s’éclaircissent, les mécanismes de réparations sont moins clairement identifiés par les sciences fondamentales. C’est certainement là que peuvent intervenir les méthodes thérapeutiques éprouvées par l’expérience telles que la pratique de la pleine présence et les approches systémiques des constellations. Il a d’ailleurs été clairement établi que ces pratiques ont des effets physiologiques mais cela fera l’objet d’un autre article.

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